5 fails photo que j’aurais préféré ne jamais revivre
On imagine souvent que les photographes maîtrisent tout. La lumière, les réglages, les angles, le matériel. Dans l’imaginaire collectif, nous avançons avec assurance, appareil à la main, en sachant exactement ce que nous faisons.
La réalité est légèrement différente.
Comme tout le monde, nous faisons des erreurs. Certaines sont discrètes. D’autres restent gravées dans notre mémoire pour toujours. Avec le temps, j’ai appris à en rire. Sur le moment, en revanche, je peux vous assurer que ce n’était pas toujours le cas.
Je me souviens encore de cette séance où j’arrive parfaitement préparée. Le matériel est prêt, les batteries sont chargées, les objectifs sont nettoyés et je suis même en avance. Je lève l’appareil, je cadre, j’appuie sur le déclencheur… rien. L’écran affiche calmement qu’aucune carte mémoire n’est insérée. J’avais pensé à tout. Sauf à l’essentiel. Heureusement, le client a été plus compréhensif que mon estime personnelle ce jour-là.
Il y a aussi eu ce portrait absolument parfait. La lumière était magnifique, l’expression naturelle, le cadrage impeccable. Tout semblait réuni pour obtenir la photo idéale. Jusqu’au moment où j’ai zoomé sur l’écran. Flou. Pas un petit flou discret qui passe inaperçu. Non. Un vrai flou, généreux, assumé, impossible à défendre devant un jury. Pendant quelques secondes, j’ai envisagé de lancer une carrière spécialisée dans l’abstrait.
Je préfère également oublier l’épisode de l’objectif. Pressée de changer d’optique entre deux prises de vue, j’ai voulu aller plus vite que mes mains. Mauvaise idée. L’objectif a rencontré le sol avec une détermination qui force encore aujourd’hui mon respect. Mon portefeuille, lui, s’en remet difficilement. Depuis, je manipule mon matériel avec la délicatesse d’une personne transportant une relique sacrée.
Certains échecs sont plus sournois. Je pense notamment à cette séance durant laquelle une cliente avait un talent exceptionnel. Elle clignait des yeux exactement au moment où je déclenchais. À chaque fois. Une fois, deux fois, dix fois. Au bout d’un moment, j’ai commencé à douter de mes capacités. Puis de la physique. Puis du destin lui-même.
Et puis il y a eu le jour où un client a découvert plusieurs photos de mes baskets dans sa galerie. À ma décharge, je faisais simplement des tests de lumière avant son arrivée. À ma décharge également, j’avais complètement oublié de supprimer ces clichés. Quand il m’a demandé pourquoi mes chaussures apparaissaient entre deux portraits, j’ai répondu avec toute la dignité possible que c’était une démarche artistique contemporaine. Je ne suis toujours pas certaine qu’il m’ait crue.
Avec les années, j’ai compris que ces petites catastrophes font aussi partie du métier. Derrière chaque belle photo se cachent des réglages ratés, des oublis, des moments de panique et parfois quelques secondes de solitude absolue. Heureusement, ce sont souvent ces souvenirs-là qui deviennent les meilleures anecdotes.
Parce qu’au fond, une photographe parfaite serait probablement beaucoup moins drôle à raconter.